Depuis que j’ai choisi de faire des études de finance, pas un dîner de famille ne se passe sans que l’on me demande des conseils sur les bons plans d’investissement. On attend généralement de moi un délit d’initié d’une autre époque, du type : “achète Renault dans 2 mois ils font une grosse annonce, l’action va grimper et tu vas doubler ta mise”. Quelle déception lorsque ma réponse arrive, invariable : “ça dépend”. Mais ça dépend de quoi au juste ?

Investissement rime avec projet

On n’investit pas uniquement pour voir son épargne se fructifier. On n’investit pas pour le principe d’investir : l’investissement est un moyen qui doit servir un objectif. Cet objectif, c’est à vous de le définir. Epargnez-vous pour acheter une nouvelle voiture, faire le tour du monde, acheter une maison, préparer votre retraite ? Et dans quel horizon de temps ? C’est à ces deux questions qu’il faut répondre pour trouver le “bon investissement” qui correspond à votre projet. Cette approche “au projet”, bien que connue depuis longtemps (sous le nom de Goal-based investing), reste largement sous-utilisée à mon goût en gestion de portefeuille.

Une fois que votre projet est déterminé, disons par exemple que vous souhaitez acheter une nouvelle voiture l’année prochaine, vous pouvez sélectionner la stratégie d’investissement appropriée. Vous savez que vous avez besoin de 5 000€ pour acheter cette voiture. Vous en avez absolument besoin pour le mois de septembre de l’année prochaine. Dans ce cas, je vous recommanderai un placement relativement sûr, puisque la catastrophe ultime serait que vous ayez perdu de l’argent en septembre… et que vous n’en ayez plus assez pour acheter votre voiture. Je vous recommanderais donc d’acheter majoritairement des obligations, ou des fonds monétaires à capital garanti, comme vous en trouvez sur les assurances vies.

Deuxième exemple où le projet que vous souhaitez réaliser est d’acheter une maison dans dix ans. Cette fois, vous êtes plus souples et pour deux raisons. Premièrement, le montant dont vous avez besoin est moins figé : vous pourrez vous permettre d’acheter une maison plus ou moins grande en fonction du capital à disposition dans dix ans. Nous fixerons seulement un montant plancher sous lequel il ne faudra pas descendre. Deuxièmement, on ne parle plus d’une date précise pour acheter une maison mais bien un horizon de temps à moyen/long terme. Si les prix baissent fortement dans neuf ans, ça vaudra peut-être le coup d’acheter à ce moment-là. Ou d’attendre onze ans. Je pourrais donc vous recommander d’opter pour des investissements plus risqués, sans doute un mix entre obligations et des instruments au potentiel de rendement plus élevés mais qui peuvent entraîner une perte en capital, comme des actions.

Le risque en finance : chapitre 2

Quoi ?! Un risque de perte en capital, mais tu es dingue Thomas ? On va finir par habiter dans un abris de jardin ! Et bien en fait, non. Amis pastéquiers, qui êtes familiers avec la notion de risque en finance, vous savez bien que le risque d’un instrument c’est sa volatilité. C’est-à-dire des changements du prix de l’instrument.

Ainsi, le risque de voir le prix de mes actions baisser d’un jour à l’autre existe. Il est même absolument certain que cela arrivera au cours des dix prochaines années. Mais ici, on ne me demande pas de faire grossir la taille du portefeuille chaque jour ; on me demande que la taille du portefeuille soit significativement plus grande dans dix ans ! Avec en plus une certaine flexibilité sur la date, puisque ça peut être neuf ans comme ça peut être onze. Je ne crois pas du tout à un scénario de baisse des prix qui pourrait durer si longtemps, et je suis convaincu que la hausse reprendra ses droits au global sur les dix années. Dans ce cas, je suis certain de réussir à dégager un rendement important et donc de grossir la taille des investissements.

Le risque qui reste, c’est la crise de 2008, c’est une baisse des prix qui dure et qui empêche donc de réaliser un projet car le portefeuille a perdu trop de valeur. La seule solution face à ce type de crise : attendre que ça passe. Parce que ça finit toujours par passer, et qu’à l’échelle de l’histoire, la crise de 2008 ne ressemble finalement qu’à une baisse comme les autres. Comme l’atteste le graphique ci-joint qui reprend le cours du Dow Jones, l’équivalent du CAC40 américain. L’impact de la crise de 2008 est significatif, puisque l’indice a beaucoup chuté : il a même été divisé par presque deux… Mais vous remarquerez que depuis le point le plus haut avant la crise, l’indice a plus que doublé aujourd’hui. La valeur de l’indice a été multipliée par quatre après le point le plus bas début 2009. Vous pensez que cette hausse sera la cause de l’éclatement d’une nouvelle bulle financière (après tout, ça ne peut pas monter à l’infini, si ?) ? On aura le temps d’en discuter dans de prochains articles !

La meilleure façon de comprendre le risque en finance, c’est de regarder ce graphique. Vous voyez les prix qui font du yoyo d’un jour à l’autre. Ils montent et descendent sans aucune raison apparente. Vous voyez également des chutes plus brutales, comme en 2007-2008 ou en 2002 (suite au scandale ENRON). Mais ce que vous remarquez surtout, c’est cette invariable tendance à la hausse ! Je ne vous demande pas de prédire exactement chacun des mouvements du yoyo ; si vous le pouviez, vous deviendriez milliardaire à Wall Street. Ce que vous devez comprendre par contre, c’est que si vous gardez votre portefeuille “risqué” suffisamment longtemps, vous gagnez toujours. Cela est dû à la relation fondamentale entre risque et rendement : le rendement rémunère un risque. Ce dernier peut (et va) se réaliser tôt ou tard, mais il est rémunéré. A long terme, on sort donc gagnant de cet échange. Il serait donc dommage de laisser toute son épargne sur son livret A…

La perte en capital

Mais alors, ces investissements sont-ils vraiment risqués ? OUI ! Premièrement, parce que la prédiction des rendements futurs basée sur les rendements passés est un exercice périlleux (voir risible) d’un point de vue académique (la corrélation entre les volatilités est elle beaucoup plus intéressante). Ces approximations nous permettent de poser une base de réflexion intéressante, mais ne sont en aucun cas à prendre pour argent contant.

De plus, en finance, le risque n’est pas un concept négatif. C’est même tout l’inverse, puisque c’est grâce au risque, comprenez grace à l’incertitude de ce que sera le prix demain, que l’on a une chance de gagner de l’argent. Et puis “suffisamment longtemps”, ça peut être vraiment longtemps, et me faire rater l’achat de ma voiture. Il est là aussi, le risque.

C’est le seul secret que je vais vous donner que je vous demanderai de ne pas mettre en pratique. Il n’existe que deux façons dont vous pouvez perdre de l’argent :

  1. Si vous ne diversifiez pas assez votre portefeuille et investissez toutes vos économies dans les ENRON et Lehman Brothers de demain. Et ça, c’est mal parce qu’on vous a déjà expliqué la puissance de la diversification.
  2. Si vous êtes obligés de vendre à un “mauvais” moment au sens du marché. Malheureusement, ça peut également être l’unique moment de réaliser un projet : pas de chance ! Ce phénomène est lié au concept de liquidité, que nous aurons l’occasion de développer dans de futurs articles.

Le bon investissement

En conclusion, le Dow Jones, ou l’un des nombreux fond indiciels ou ETF qui le suivent, est un très bon investissement dans la construction d’un portefeuille pour financer notre projet de maison dans dix ans. Pourquoi ? Parce que la probabilité de voir le Dow Jones baisser sur une période de dix ans est quasi nulle ! Attention tout de même à bien diversifier ce portefeuille avec d’autres instruments (obligations, immobilier, matières premières, etc.) et d’autres géographies (le Dow Jones ne liste que des entreprises américaines).

Par contre, le Dow Jones est un mauvais investissement pour financer l’achat de votre voiture en septembre prochain. Il existe en effet une probabilité (faible, mais bien présente) de voir l’indice perdre de la valeur sur des périodes de plus d’un an… et donc de se retrouver sans l’argent nécessaire pour acheter notre voiture !

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