A partir de quel montant sur votre compte en banque seriez-vous financièrement indépendant, et n’auriez vous plus besoin de travailler ? Lorsque je pose cette question autour de moi, les réponses varient généralement entre cinq et dix millions d’euros. Personne n’imagine qu’il existe en fait une formule toute simple pour calculer ce montant de manière précise. Mode d’emploi.

L’argent ne dort pas, il travaille pour vous

Quand je pose cette question, les gens imaginent un compte en banque bien rempli (disons, un capital d’un million d’euros), et se disent qu’ils viendront piocher dans cet argent au fur et à mesure de leur vie. Le capital va donc fondre irrémédiablement d’année en année, mais ne doit pas atteindre zéro pendant notre vie (sinon, horreur, nous serions obligés de nous remettre au travail).

Ensuite, comme le savent tous les pastéquiers, il est difficile de se représenter mentalement les rendements offerts par les intérêts composés. Pour simplifier le calcul, les gens considèrent donc qu’aucun n’intérêt ne s’applique sur leur magot, comme s’il était placé sur un compte bancaire. Or cette hypothèse est complètement fausse, puisque l’argent travaille pour vous. Plus encore que votre capital épargné, c’est l’intérêt gagné sur celui-ci qui va vous rapporter de l’argent et vous aider à atteindre le montant recherché.

Ces deux phénomènes expliquent pourquoi le montant donné par les personnes interrogées est systématiquement sur-évalué.

La règle des 4%

Remise au goût du jour par les adeptes de la retraite anticipée (Mr Money Mustache en tête), la règle des 4% a été énoncée pour la première fois par William Begen dans un article en 1994. Le concept fut ensuite repris et affiné par une étude de l’université Trinity.

Pour la petite histoire William Begen est un diplômé du MIT en astrophysique qui a évolué sur le tard -après quarante ans- vers la finance pour devenir conseiller financier (quand on vous dit qu’il n’est jamais trop tard pour changer). C’est en étudiant l’épargne de ses clients qu’il a découvert la fameuse règle des 4%. Il s’est rendu compte qu’en limitant ses dépenses annuelles à 4% de son épargne totale, alors le-dit magot durait au minimum trente ans, et généralement pour toujours. La règle des 4% veut donc dire vivre avec un taux de retrait annuel de 4% de son épargne totale.

Plus qu’une découverte, c’est une intuition géniale qu’a eu William Begen. Pour ne pas que notre magot se dilapide au fur et à mesure que le temps passe, il suffit de dépenser moins (en pourcentage) que la somme totale des rendements gagnés sur la période. Évident non ?

Prenons un exemple : le rendement de mon portefeuille est de 5% cette année. L’inflation est de 1%. Combien puis-je retirer de mon portefeuille pour ne pas en réduire sa taille par rapport au début d’année ? Attention calcul difficile : 5% – 1% = 4% ! Pour une inflation fixée à 1% par an (ce qui est à peu près le cas en Europe actuellement), il faut donc s’assurer d’obtenir un rendement de 5% minimum pour maintenir un taux de retrait de 4% sans toucher au capital, c’est à dire sans même toucher à la taille du magot !

Taux de retrait soutenable maximal

La question devient donc : quel est le niveau de rendement que je suis sûr de gagner chaque année ? Autrement dit, quel pourcentage puis-je retirer chaque année de mon épargne totale sans affecter sa taille et sans prendre le risque de me retrouver sans rien dans quelques années : c’est le Taux de retrait soutenable maximal.

Vous le savez, les rendements dépendent de la composition du portefeuille et de son risque. De nombreuses études ont néanmoins été menées sur des portefeuilles de référence.

En voici un exemple extrait de l’étude Trinity sur un portefeuille “classique” composé à 50% d’obligations d’états américaines et 50% d’actions américaines (précisément dans le S&P 500, le CAC 40 américain). Le graphique ci-contre représente le rendement annuel de ce portefeuille entre 1925 et 1980, ajusté par l’inflation -très haute à cette époque- pour obtenir notre taux de retrait (Maximum Sustainable Withdrawal Rate en anglais, comprenez le Taux de Retrait Soutenable Maximal ou TRSM) sur la période. Surprise, le taux de retrait soutenable maximal le plus faible sur la période est donc de… 4% ! Toutes les autres années, vous auriez pu retirer plus que 4% sans toucher au capital : puisque les rendements étaient très supérieurs à 4%, votre épargne continuait même à grandir malgré les retraits !! Nous pouvons donc conclure que l’hypothèse d’un TRSM de 4% chaque année est donc très “pessimiste”, puisque celui-ci pourrait monter beaucoup plus haut les “bonnes” années où les rendements sont plus élevés.

Un raisonnement plus relatif qu’absolu

Quels enseignements à retenir de cette règle ? Encore une fois, je vais vous livrer un secret : quel que soit le montant qu’il vous faut pour vivre chaque année, le calcul du capital que vous devez épargner pour atteindre l’indépendance financière est toujours le même. Pour ne pas grignoter le capital et ainsi toucher un montant de retrait pour toujours, il faut que le TRSM soit de 4%. Autrement dit, 4% du capital doit être égal au montant de retrait annuel, ce qui signifie que le montant du capital à épargner doit être vingt-cinq fois (1/4%) le montant du retrait annuel !

Il convient de noter que pour Begen, l’essence de la règle des 4% est de fournir une approximation du capital nécessaire, et de s’imposer une certaine rigueur sur les retraits pour garantir la durabilité de ce capital dans le temps. Il ne s’agit pas de respecter le retrait 4% en toute circonstance . Par exemple, suite à une mauvaise année pour l’économie mondiale, le prix des actions chute, et votre capital se réduit. Afin d’obtenir le montant qu’il vous faut pour vivre, vous devrez retirer plus de 4%. Ce n’est pas dramatique, et la baisse de capital sera rattrapée lors de la prochaine “bonne” année, où vous pourrez vivre en retirant moins de 4%.

Vers l’indépendance financière

Pour rappel, être indépendant financièrement c’est pouvoir faire face à toutes ses charges financières (logement, nourriture, loisirs, etc.). Eh oui, l’indépendance financière, ça ne veut pas dire boire du Veuve Clicquot à longueur de journée sur son yacht ! Ca veut dire pouvoir être libre de faire ce que l’on veut (même de continuer à travailler si on le souhaite) en se débarrassant de toute contrainte financière.

Un exemple : J’estime le montant de ces charges à 1 500€ par mois, soit 16 000€ par an. Il faudra donc que j’économise assez pour pouvoir recevoir 16 000€ tous les ans jusqu’à la fin de mes jours. En conservant mon hypothèse de TRSM de 4% par an, il faut donc que je parvienne à constituer un capital de… roulement de tambour… 16 000€ x 25 = 400,000€. Vous voyez déjà que nous sommes (bien) loin des dix millions d’euros évoqués en introduction !

Mais 400 000€, c’est quand même énorme, combien de temps me faudra-t-il pour économiser autant ? Là encore, il existe une formule magique qui marche à tous les coups ! Nous le verrons dans mon prochain article. Un indice cependant : vous n’allez pas mettre l’intégralité des 400 000€ de côté, vous allez investir votre épargne intelligemment pour faire travailler l’argent pour vous grâce aux intérêts composés. Pensez bien à ouvrir votre assurance vie au plus vite pour prendre date 🙂
On vous recommande Boursorama pour ses frais très faible et le très grand choix dans les instruments proposés.

Cet article a 2 commentaires

  1. Les théories de Bengen marchaient bien à une époque où les obligations assuraient des revenus net d’inflation confortables, même les souveraines. Nous vivons maintenant une ère où les obligations avec des rendements intéressants sont en High Yield, un segment plutôt risqué alors que les obligations d’Etat ou d’entreprises respectables rapportent peanuts
    En meme temps, les marchés actions peuvent faire +25% en une année, mais comme le dit bien Bengen à la fin de son document “Increasing stock allocation to 100% after a long period of miserable returns requires unusual foresight and fortitude on the part of the advisor, as well as the client” ce dont je n’ai pas trop envie de faire si je pensais aller chevaucher dans les steppes mongoles ces 10 prochaines années.

    Que donne un gros indice MSCI World depuis 15 ans avec cette théorie des 4% ?

    Un ancien banquier privé suisse a un peu une stratégie similaire de commencer à investir en 2013 pour voyager à travers le monde mais même avec une gestion active, il atteint presque les 6% annualisés alors que nous sommes dans de bonnes années !
    [lien édité]

    1. Bonjour,

      Merci pour ce commentaire bien détaillé ! Les théories de Bengen sont toujours d’actualité ! 4% par an, en moyenne, n’est pas un rendement démesuré ou particulièrement ambitieux. Le MSCI World, que tu cites, a en effet progressé de 8.5% par an, soit +340% cumulé, depuis 15 ans (ce qui inclue donc la crise des subprimes, puis des dettes souveraines). Un portefeuille comme Bengen le suggère de 50% d’actions et 50% d’obligations nous amène donc bel et bien à nos 4% de rendement annuel.

      Sur le point des stratégies d’investissement, nous ne sommes pas particulièrement féru des stratégies actives. On manque en effet cruellement de preuves que des gestionnaires de portefeuille arrivent à reproduire leurs performances passées, qu’elles aient été dues à du stock picking ou du market timing. Notre approche, que nous allons développer dans de futurs articles, consiste à construire un portefeuille diversifié et passif.

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