Avec cette série d’article “Comment réaliser son premier investissement en actions”, nous sommes très fiers de lancer la rubrique “La Tribune des Pastéquiers”, dans laquelle nous donnons la parole à d’autres pastéquiers que les habituels Hector et Thomas. Pour la grande première c’est un pastéquier avant-gardiste et banquier tantôt suisse tantôt londonien qui va vous expliquer comment sélectionner les bons investissements en actions. De la comparaison des différents acteurs, à l’ouverture d’un compte chez l’un d’entre eux, en passant par la définition des indices et des ETF, et comment les comparer entre eux, vous serez incollables sur le sujet. Si vous avez loupé le premier épisode sur les différents acteurs et les instruments financiers, par ici. Deuxième étape de notre enquête aujourd’hui, où nous allons nous intéresser aux indices boursiers.
Bonne lecture, Thomas.

Le jeu de la chasse aux indices

Pas besoin d’analyses technique ou de boursicotage, ni d’avoir les yeux rivés en permanence sur le portail de Boursorama pour faire un coup financier et avoir des investissements rentables. Plus élémentaire : il suffit d’investir dans (presque) toutes les actions existantes ! La diversification à l’état pur, en somme.

Suivant toujours ce principe fondamental, nous allons donc chercher à intégrer un maximum d’entreprises de pays et de secteurs différents. Mais bon, vu qu’il y a près de quarante-trois mille entreprises cotées en bourse dans le monde (des très petites comme très grandes), les mettre individuellement dans votre portefeuille « à la main » serait long : à une minute par ordre il vous faudrait 90 jours de marché. Ce serait aussi couteux, même à 1€ de frais mini par transaction chez Bourse-Direct. Sans parler du prix de chacune des actions à payer, il vous faudrait plusieurs centaines de millier d’euros. En l’état, il est donc impossible d’acheter autant d’actions. C’est là qu’on va introduire les étalons de mesure des marchés financiers : les indices !

Un indice est un portefeuille imaginaire composés de plusieurs sociétés. Les indices sont créés par des sociétés privées. Certaines tiennent leur composition secrètes. Parmi les plus connues :

  • MSCI
  • S&P Dow Jones
  • FTSE

La composition d’un indice

Ces noms vous disent quelque chose, et pour cause ils fournissent parfois l’indice principal d’une place de marché, comme le S&P 500 à New York ou le FTSE 250 à Londres par exemple. En gros, quand BFM TV vous dit que le marché américain a gagné X ou perdu Y%, ils parlent généralement de la valeur du S&P 500 ! Ce n’est donc pas toute l’économie américaine qui évolue, mais uniquement les cinq-cent sociétés référencées par la société S&P dans son fameux indice.

Note de Thomas : Il faut bien comprendre que le S&P 500, comme tous les indices, n’est pas composé d’une action de chacune de cinq-cents sociétés américaines qu’il comprend. Ces sociétés sont pondérées dans l’indice, généralement par leur taille ou leur valeur de marché. C’est à dire que les plus grosses sociétés sont plus représentées dans l’indice, on dit aussi qu’elles ont un plus gros “poids”. Ainsi, les principales composantes du S&P 500 sont Apple (4,37% de l’indice), Microsoft (3,41%) et Amazon (3,16%). Les sociétés les moins grosses, et donc les moins représentées dans l’indice, comme Under Armour, ne pèsent que 0,015% dans l’indice, soit presque trois-cents fois moins qu’Apple ! Vous comprenez pourquoi certaines sociétés qui prétendent suivre ces indices décident donc de ne pas investir dans les plus petites entreprises qui composent l’indice, considérées comme négligeables au vu de leur faible poids.

Le CAC 40 lui est l’indice de référence de la bourse de Paris. Les banques créent également leurs propres indices pour leurs produits maison mais ils sont beaucoup moins connus et pas nécessairement communiqués.

Nos trois ténors produisent chacun leur indice couvrant le monde entier à leur manière. En gros, plutôt que de se concentrer sur un pays comme le CAC 40 pour la France, cet indice va être constitué d’actions de différents pays au travers le monde.

Le MSCI au crible

On commence par MSCI qui propose sur son site le All Country World Index (ACWI) qui est la somme du fameux MSCI World (qui comme son nom ne l’indique pas, ne couvre que les pays développés) et du MSCI Emerging Markets. Notre ACWI couvre 85% de la capitalisation boursière de chacun des quarante-sept pays intégrés soit 2 800 sociétés. Pas mal, ça correspond bien à notre idée de départ de toucher le plus d’entreprises possible pour diversifier au maximum. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’avoir un portefeuille pareil c’est faire le pari de la croissance mondiale ! Un bon candidat pour notre investissement en actions, rentable et sans perte de temps.

La composition des trois indices MSCI :

Nom de l’indice MSCI Nombre de pays Nombre de sociétés
World 23 1 643
Emerging Markets 24 1 137
ACWI 47 2 780

 

Un coup d’oeil sur la performance des indices MSCI depuis 2003 :

Et oui malgré les crises des subprimes ou des dettes souveraines, un portefeuille commencé en 2003 aurait été multiplié par 3 ! Voyez le peu de différence entre notre ACWI et le World. Bien que notre ACWI soit la somme les 2 autres indices, le sulfureux Emerging pèse peu dans ce game (~12% seulement)!!

Note de Thomas : Vous remarquez également la plus grande volatilité qui caractérise les marchés émergents et par extension l’indice qui leur est propre, le MSCI Emerging Markets. Ça monte fort quand ça va bien et ça descend tout aussi fort quand ça va mal. Cette volatilité est due à de nombreux facteurs, aux premiers rangs desquels se classent une grande instabilité politique et des monnaies faibles. A titre d’exemples, voir les récents déboires de la Livre turque et du Rouble russe et leur impact colossale sur l’économie de leurs pays respectifs. 
Les marchés des économies développées, plus stables, et leur indice MSCI World connaissent une évolution beaucoup plus lisse, due à une plus faible volatilité.

Et le FTSE ?

En bon concurrent direct de MSCI, FTSE propose le FTSE All-Word qui est la somme de ses indices FTSE Developped et FTSE Emerging (ça vous rappelle quelque chose ?). Il couvre près de 3 100 sociétés dans les mêmes pays que le MSCI. Ça fait certes quatre-cents de plus, mais nous sommes dans des niveaux de diversification tellement élevés que la différence de performance ne s’en ressentira guère. D’autant que le poids de ces quatre-cents sociétés supplémentaires est négligeable dans l’indice;

L’échelle de temps n’est pas la même, donc ne vous enquiquinez pas à comparer avec le graph plus haut. Par contre on constate que sur les cinq dernières années, l’indice FTSE Emerging (en rouge) fait moins le malin et a plutôt agi comme un fardeau pour notre portefeuille

Ne perdez pas votre temps à aller sur S&P : peu de produits commercialisés en France suivent leurs indices Monde. On en restera donc avec MSCI et FTSE qui trustent cette catégorie d’indices.

Je viens de sagement vous mener en bateau avec tous ces indices mondiaux qui sont le nec-plus-ultra de la diversification, mais sachez qu’il existe d’autres types d’indices qui ont certes moins de composants mais restent suffisamment diversifiés (on reste sur une base d’environ 2 000 sociétés) pour être mentionnés :

  • Les ETF ISR (Investissement Socialement Responsables) ou SRI en anglais. Toujours sur le segment All World, mais qui se concentrent sur des entreprises adoptant des politiques plus responsables et durables en matière de gouvernance, d’environnement et de social. Au moins avec ça vous pourrez vous la raconter en clamant que vous êtes un citoyen du Monde responsable toussa, et vous enrichir sans renoncer à vos principes. Plus d’infos sur l’éthique en finance ici.
  • Les indices Smart Beta et plus particulièrement les stratégies de Volatilité Minimum qui sélectionnent les entreprises avec le moins de risques (le moins de volatilité). Ce qui est intéressant dans le fonctionnement de cet indice, c’est que dès qu’une entreprise de l’indice devient risquée (lorsque sa volatilité augmente), elle est automatiquement remplacée par une autre entreprise moins risquée. Très défensives, ces stratégies sur-performent pendant les moments de crise voire même sur le long-terme. La performance d’un marché Actions avec un risque faible se rapprochant des obligations, n’est ce pas le rêve de tout investisseur ?

Rappel sur les rendements

Au fait c’est quoi la différence entre ces Net Return, Gross Return, Total Return que l’on voit sur ces graphiques ? Et puis c’est quoi la différence entre rendement et performance ?

  • Price Return (PR) : ne prend que la variation du prix des sociétés en compte. Les intérêts et dividendes sont totalement ignorés.
  • Total ou Gross Return (c’est pareil) : ici, en plus de la variation du prix des actions, on réinvestit les dividendes avant taxes. Prend son sens dans les cas où il n’y a pas de taxe sur les dividendes, comme dans les plans épargnes retraite américains ou notre bon vieux PEA, où les taxes ne s’appliquent qu’à la fin, au moment du retrait.
  • Net Return (NR): rendement incluant les dividendes après taxes. Reflète la performance accumulée dans un Compte-Titres. Nous en discuterons plus longuement dans prochain article.

Prenez donc garde à la mesure de performance utilisée, elles ne reflètent pas la même réalité. Evidemment, des performances ou graphiques lus en Net Return ou en Total Return vont dépendre du pays pour lequel ce document est émis, car les taux d’imposition diffèrent selon les pays. Quand vous comparez les Net Returns de deux fonds, un français et un luxembourgeois, ce n’est pas que les banquiers privés sont systématiquement meilleurs au Luxembourg, c’est juste que les impôts sont plus faibles.

Eh oui mon petit coup de gueule du jour, puisqu’en France même sur un PEA réputé « défiscalisé », on a des taxes sur des dividendes. L’Etat français en prendra 15.5% au moment du retrait. L’État réclame son “dû”.

Le CAC40 par exemple est exprimé en Price Return lorsque vous entendez les chroniqueurs en parler à la radio ou la télé. Si vous réinvestissez vos dividendes, il devrait être bien plus haut ! D’ailleurs, sachez que les CAC40 NR et le CAC40 TR existent, bien qu’ils ne soient pas énormément utilisés.

Acheter un indice

Toute cette littérature pour enfin vous l’avouer : le problème est que vous ne pouvez pas acheter directement ces indices ! Merci de m’avoir lu jusque là, ça me fait plaiz mais promis, vous n’avez pas perdu votre temps. Les sociétés citées précédemment s’occupent juste de donner le prix de ce portefeuille imaginaire (l’indice) à chaque instant et se rémunèrent auprès des entreprises de services financiers qui utilisent cette composition. C’est pourquoi vous ne pourrez pas trouver la composition exacte de la plupart des grands indices : c’est comme au poker, il faut payer pour voir ! Et c’est précisément vers ces entreprises de services financiers qu’on va se tourner. Elles vont en effet créer des fonds, les fameux ETF et autres fonds indiciels, pour suivre les indices établis par FTSE ou MSCI.

C’est pourquoi nous sommes indifférents à un FTSE All World ou un MSCI World, vu leur composition et exposition qui sont quasi similaires. Ce qui va nous déterminer notre choix, c’est qui vend quoi … et surtout à quel prix ! Maintenant au moins, nous connaissons les différents indices disponibles qui correspondent à notre critère de diversification.

Dans mon prochain article et dernier article de la série, dernière étape de notre enquête : nous comparons les différents ETF et leur structure de coût pour passer à l’achat !

Tous les articles de cette série :

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