Avec cette série d’article “Comment réaliser son premier investissement en actions”, nous sommes très fiers de lancer la rubrique “La Tribune des Pastéquiers”, dans laquelle nous donnons la parole à d’autres pastéquiers que les habituels Hector et Thomas. Pour la grande première c’est un pastéquier avant-gardiste et banquier tantôt suisse tantôt londonien qui va vous expliquer comment sélectionner les bons investissements en actions. De la comparaison des différents acteurs, à l’ouverture d’un compte chez l’un d’entre eux, en passant par la définition des indices et des ETF, et comment les comparer entre eux, vous serez incollables sur le sujet.
Si vous avez loupé le premier épisode sur les différents acteurs et les instruments financiers, ou le second sur les indices boursiers, prenez le temps de les lire avant de commencer cette troisième et dernière partie, consacrée à la comparaisons des différents ETF et de leur structure de coût pour passer à l’achat !
Bonne lecture, Thomas.

Qui sont les « entreprises de service financiers » ?

Ici on parle de « l’assembleur » du produit financier qui va répliquer notre indice. Ils ne créent rien à proprement parler, ils se contentent de suivre un indice déjà existant, comme le S&P500. Beaucoup de bonnes entreprises se livrent une féroce bataille sur des produits très similaires, mais dont une caractéristique peut faire la différence. Et souvenez-vous, en finance, quand tout est du pareil au même, un seul juge de paix : le coût.

Pour l’analogie, c’est comme si vous hésitiez entre une Volkswagen et une Audi alors qu’elles ont le même moteur (indice) et ce qu’il y a sous le capot pour le moindre cout est effectivement le seul truc qui nous regarde ici. Les gouts, les couleurs ou payer plus pour avoir une marque plus flatteuse, ne m’intéresse pas, d’autant qu’on parle d’un simple produit financier pour rappel !

En France vous trouverez principalement :

  • Vanguard
  • State Street (SPDR)
  • Blackrock (iShares)
  • Amundi
  • Lyxor
  • Deutsche Bank (XTrackers)
  • UBS
  • HSBC

Petite recherche chez mon courtier pour tous les produits contenant l’indice MSCI ACWI. Vous remarquerez que l’originalité n’est pas de mise lorsqu’il s’agit de nommer un fonds trackers. Le fonds s’appelle toujours Nom de l’émetteur + Nom de l’indice suivi avec le mot ETF casé quelque part.

Voyez que la plupart des entreprises ne proposent généralement qu’un seul indice pour des raisons de couts et d’exclusivité. Vanguard ne propose donc que du FTSE, après avoir divorcé de MSCI, et iShares que du MSCI. Lyxor, en revanche propose les deux indices.

Votre courtier ne proposera peut-être pas tous les produits qui sont commercialisés en France. Le mien est même très avare en détails sur les ETFs. C’est pourquoi je vous conseille le très bon site JustETF sur lequel vous pourrez identifier les produits et leurs caractéristiques via leurs ISINs (le code international du produit). Vous pouvez également regardez tous les produits disponibles selon les filtres (quel indice, quelle classe d’actifs, quelle zone géographique, quel secteur d’activités, etc.)

Bon et on choisit quoi dans cette liste ? Il existe cinq éléments à regarder attentivement pour chaque fonds :

1 – La devise

C’est la monnaie en laquelle est libellé notre produit. Pas besoin de développer, 99% des lecteurs prendront des fonds en euros, libellés EUR. A réfléchir plus longuement si vous touchez vos revenus dans une autre devise ou si vous prévoyez un jour de passer votre retraite dans un pays ayant une devise différente. Ou tout simplement si vous désirez spéculer sur une devise.

Note de Thomas : A La Révolution Pastèque, nous sommes fascinés par les taux de change et par l’impact que peut avoir ce facteur qui semble si inoffensif a priori. C’est pourquoi nous vous recommandons, dans un premier temps, de ne sélectionner des fonds que dans la monnaie dans laquelle vous allez engager des dépenses dans le futur. L’euro, pour une très grande majorité d’entre nous. Inutile donc d’investir dans des instruments libellés en monnaie étrangère, vous ne feriez que rajouter un niveau de complexité supplémentaire dans votre portefeuille.

2 – La structure

Les ETFs ne rodent pas seuls dans l’industrie de la réplication financière. Ils ont même un alter-ego très intéressant : les fonds indiciels (Index Fund en anglais) ! Mais alors, quelles différences entre un ETF, un tracker et un Index Fund ?

  • ETF et tracker sont synonymes. L’ETF est coté en continu sur les marchés financiers, et vous pouvez donc les acheter ou les vendre n’importe quel horaire du marché. Très flexible et très liquide donc. Son prix reflète l’offre et la demande pour ce produit, comme pour une action ou tout autre produit coté sur un marché.
  • Le fonds indiciel, a une NAV (Net Asset Value) calculée par le gestionnaire et n’est négociable qu’une seule fois par jour. Tous les ordres sont comptabilisés en fin de journée, pour effectuer les achats/ventes des composants. Comme un vrai fonds sauf que la gestion reste passive et suit l’indice donné. Mais là où le fonds indiciel reprend l’avantage face à l’ETF, c’est qu’il a des frais annuels plus bas et est parfois exempt de commissions de trading, surtout si vous ouvrez un compte directement chez le gérant. Utile donc lorsque vous investissez à intervalles régulier dans un même fonds. Mais ces offres sont malheureusement peu développées en France, nécessitent un gros ticket d’entrée, et n’ont pas connu le terreau fiscal favorable qu’il existe aux États-Unis avec le fameux 401(k).

Note à Béné : si vous avez la chance d’habiter au Royaume-Uni ou aux États-Unis, ouvrez directement un compte chez Vanguard et arrêtez la lecture de l’article immédiatement. Vraiment. Ce sont les rois des fonds indiciels à des prix imbattables et sans compromis, et ont acquis une sacrée réputation dans ce domaine. N’hésitez pas. Même Warren Buffet le recommande, y compris dans sa fameuse lettre aux investisseurs.

3 – La politique de distribution des dividendes

Comment seront distribués vos dividendes ? Deux options :

  • Distributing/Income: Les dividendes seront versés sur votre compte en cash. L’idée est que cela fournit un revenu pour votre vie quotidienne. Pertinent lorsque que votre (gros) capital de départ vous permet déjà de vivre correctement. Ainsi, le dividende peut contribuer à vos revenus mensuels (plus d’infos sur le TRSM ici).
  • Accumulating: les dividendes sont réinvestis automatiquement dans le même produit directement sans aucune action de votre part et sans frais. Votre investissement grossit encore plus vite, magnifique non ? Cette politique de distribution correspond aux performances en Net Return vu plus haut.

4 – Le cout !!

Il y a deux coûts principaux sur ces produits :

  • Les frais de gestion totaux lorsque vous détenez le produit, exprimés sous forme de pourcentage de la taille de votre portefeuille. Ils comprennent les frais du gestionnaire, les couts d’audit et le coût de stockage des éléments de votre portefeuille dans une banque dépositaire (Custodian en anglais). TER (Total Expense Ratio) en anglais
  • Les frais de transaction, dépendant uniquement de votre courtier, et du nombre et de la taille des transactions que vous effectuez (voir les frais par ordre dans la première partie de notre enquête). Pour les ETFs, ce sont les mêmes frais que les actions et certains fonds indiciels peuvent être exemptés de ces frais.

5 – La stratégie de réplication

Vous pouvez regarder la stratégie de réplication car elle pourrait vous mener à de mauvaises surprises sur le long-terme.

  • Réplication complète ou Full Replication: l’émetteur du produit achète physiquement exactement les mêmes composants que l’indice et dans les mêmes proportions pour le suivre au mieux. Ce à quoi nous nous attendons à la base. Par exemple, un ETF répliquant CAC40 en full replication va acheter des actions de chacune des quarante entreprises du CAC40, dans les bonnes proportions.
  • Échantillonnage ou Sampling Strategy: l’émetteur n’achètera que les plus gros composants de l’indice – un échantillon représentant disons 90% de l’indice – mais toujours de manière physique afin d’économiser en frais de trading sur les plus petits composants trop nombreux à suivre. Ce proxy permet aussi d’éviter de payer des frais au créateur de l’indice dans certains cas. Par exemple, un ETF répliquant le CAC40 en sampling ne va acheter des actions que des 30 plus grosses entreprises qui composent le CAC40 : Total, LVMH, Sanofi, etc.
  • Synthétique ou Synthetic : l’ETF est répliqué via un produit dérivé, un swap. L’émetteur demande à une autre contrepartie de recevoir la performance de l’indice en échange d’un taux ou de la performance d’un autre portefeuille qu’il détient déjà. Il ne détient donc pas directement les composants de l’indice. L’avantage pour l’émetteur est que cette méthode est plus liquide pour lui, plus efficiente. Pas de free-lunch cependant, autrement dit pas de rendement sans risque : cette baisse de couts sur les frais annuels de votre ETF a un prix ! Vous êtes en effet exposés à un risque supplémentaire : le risque de contrepartie.

Retour sur le MSCI

Composants du MSCI All-World. Dans cette liste longue comme un jour sans pain, vous verrez que vous êtes exposés à 0,001272% de votre investissement dans une boite énergétique malaisienne (YTL Power en avant-dernier), ce que vous n’auriez jamais pu faire chez votre courtier ! Même sur un portefeuille d’un milliard de dollars, elle ne représente que 12 720$. Comprenez que les ré-allocations du côté du gestionnaire vont être un peu chiantes ! Vous comprenez pourquoi il ne faut pas sélectionner un gestionnaire trop petit : il aura plus d’incitation à zapper des petits constituants de l’indice

Outre l’utilisation de produits dérivés qui peut paraitre complexe pour certains, la méthode synthétique vous expose à un risque de contrepartie. Elle permet pourtant de répliquer la performance de l’indice de manière quasiment parfaite. Ce qu’il faudra bien vérifier, c’est si la méthode d’échantillonnage n’a pas de répercussions trop importantes sur la différence de performance entre notre produit et l’indice qu’il prétend suivre. Si vous voyez cette méthode sur un produit, vous n’aurez pas le choix : il faudra vérifier sur le site de l’émetteur les performances passées, et les comparer avec celles de l’indice de référence. En pratique, tous les fonds trackers vous présentent ce type de graphiques pour montrer qu’ils font bien leur travail.

Le “benchmarck” ici c’est l’indice MSCI All-World. Le VWRL est le fond de Vanguard qui suit cet indice. Vous remarquerez que le fond Vanguard est composé de moins d’entreprises que l’indice (3 133 contre 3 185). Voyons en quoi cette différence impacte la performance du fonds par rapport à celle de l’indice :

Ici Vanguard qui utilise de l’échantillonnage (Sampling) sur son FTSE All World (VWRL). 52 sociétés d’écarts sur 3 200, se traduisant par un écart maximum de 0,06% par an, ça va, c’est pas la mort du petit cheval ! A noter que les sociétés détenues par l’émetteur sont exclusivement celles de l’indice, il ne les remplace pas par celles de son choix. Il s’agit bien d’un échantillonnage et pas un remplacement pur et simple. L’écart de performance entre le fond et l’indice est absolument microscopique.

Une sélection de fonds qui suivent un indice mondial actions

Depuis la plateforme JustETF, nous avons ici sélectionné les fonds qui répondent aux critères suivants :

  • Classe d’actifs : Actions (Equity en anglais)
  • Zone géographique : Monde entier
  • Secteurs d’activité : Tous secteurs confondus
  • Politique de distribution des dividendes : accumulating. Nous voulons ici jouer sur les intérêts composés et que les dividendes versés viennent grossir la taille du capital.

Bien que ces résultats affichent les fonds dans leur devise principale, il y existe toujours une version en euro.

En passant en revue notre liste des heureux élus (ici chinés sur JustETF) on s’aperçoit que :

  • Le iShares en Sampling coûte déjà plus cher que les autres et a … 1.390 composants sur les 2.780 qu’il prétend suivre ! Cela n’aurait été un détail négligeable si cela n’avait pas d’impact sur la performance : au bout de 5 ans, la différence de performance avec l’indice est de plus de 2%.
  • L’histoire est quasi similaire avec le X-Tracker qui affiche une différence de 0,70% au bout de 3 ans. Cet échantillonnage trop réduit vous bouffent de la performance ! C’est un exemple typique des bienfaits de la diversification qui génère plus de rendement !
  • Quant à Lyxor, ceux-ci sont en Synthetic, ce qui, je l’admets, malgré une réplication parfaite ne m’attire pas du fait des risques supplémentaires.
  • Le SPDR figure parmi les moins chers, suit 2.360 sociétés de l’indice et n’affiche qu’une différence de performance de 0,39% en 5 ans face à son indice ! Disponible en EUR il pourrait être notre choix final.
  • Les plus attentifs déduiront qu’il n’y a pas de Full Replication : en effet, notre indice ACWI est fastidieux à répliquer comme vu plus haut. Même les meilleurs ne s’y osent pas !
  • Il n’y a pas d’indice FTSE disponible ici (seulement en Distributing chez Vanguard ce qui ne nous intéresse pas ici).

Il n’y a donc que le SPDR que je trouve intéressant dans ce cas. Voilà donc un ETF dans lequel vous pouvez mettre tout votre budget actions sans problèmes. En effet, vous serez exposé à près de 2.300 entreprises dans le monde tout en limitant sérieusement les frais de transaction ! Le pack « Tout-compris » du marché action ! Félicitations, vous venez de franchir une étape importante dans votre vie d’investisseur : vous êtes désormais meilleur que votre conseiller bancaire !

Diversification mon amour

Avoir un seul investissement dans laquelle je mets tout mon argent ? Et la diversification alors ? Et en cas de crise ou faillite de de l’entreprise de service financier, il se passe quoi ?

Pour commencer, ce n’est pas demain la veille que BlackRock (le gestionnaire des fonds iShares) ou Amundi vont faire faillite. Ces gestionnaires sont gros et solides. Et en cas de faillite de l’émetteur, celui-ci devra liquider toutes les sociétés qu’il a en portefeuille. Vu la valeur des positions de BlackRock, ce ne sera pas loin d’être la fin du monde. Par exemple, un tracker CAC40 en faillite vendrait simplement toutes les actions des sociétés du CAC40 qu’il possède. Vous recevrez l’argent récupéré de ces ventes en échange. Vous avez donc plus à craindre la faillite d’une des 2 400 sociétés dont vous êtes maintenant indirectement actionnaire, ce qui ne pèsera pas bien lourd face au reste du portefeuille !

Note de Thomas : La prudence reste toujours de mise en finance, et la diversification a de multiples facettes. J’ai par exemple choisi d’investir des montants équivalents à la fois dans iShares et dans Lyxor alors que j’aurais pu tout mettre sur l’un des deux… Vous devinez pourquoi ?

Sur du Synthetic, c’est plus chaud et j’aurais l’esprit moins tranquille : la valorisation (beaucoup moins simple et moins transparente) des swaps peut être entièrement balayée pendant une crise. Elle dépend de beaucoup de variables de marché -entre autres la volatilité ou le risque de défaut de la contrepartie– et pire vous perdez toute la valeur du swap* si la contrepartie fait défaut. On est venus ici pour avoir des investissements sûrs et physiques dans des boites sans prise de tête, pas dans des produits dérivés ! Voilà pourquoi je n’en prends pas.

Le mot de la fin

Et ce que j’ai choisi moi ? J’ai fait des choix similaires, mais je préfère faire ma recette maison moins chère que le ACWI avec un simple World (avec des pays développés) et de l’Emerging Markets. Depuis mon transat situé sur le pont supérieur de mon yacht. Mais je ne suis pas exemplaire, mon voisin russe en a un plus gros (transat, évidemment).

Il ne me souhaite plus qu’à vous souhaiter bon courage pour vos futurs investissements. Vous êtes dorénavant équipés pour percer les mystères des fonds trackers, qui vous permettent de bénéficier d’une diversification optimale sur le marché action (un des plus rémunérateurs) pour un coût absolument dérisoire. A vous de jouer donc !

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