Il est parfois difficile de résister à la tentation. Tesla, c’est un peu mon chocolat à moi, vous voyez ? Un PDG visionnaire, une mission grandiose, un effort pour la transition écologique… Le tout ayant ses actions disponibles sur la bourse. Que demander de plus ? Qu’attendons-nous pour monter à bord ? Devons-nous céder à la tentation ?

Analyse financière

Bon, bon bon. Point de précipitation. Le seul fait que j’aime bien une entreprise, ses produits et son dirigeant n’est pas suffisant pour prendre la décision d’investir. Faisons donc un tour d’horizon des indicateurs clés de Tesla. Je vais ici céder à la facilité – et je vous invite à faire de même : plutôt que de recalculer tous les indicateurs moi-même à partir des états financiers officiels de Tesla, je vais simplement reprendre les calculs et les résultats de Yahoo Finance.

L’avis des pro

Regardons tout d’abord ce que les professionnels en pensent. La cible moyenne des 28 analystes de grandes banques d’affaire ayant soumis une estimation est de 330 dollars par action, contre un prix aujourd’hui de 308$. Un petit 7% à grappiller, ça ne fait de mal à personne !

Des dividendes ?

Tesla ne distribue aucun dividendes. Cela n’a en fait que très peu d’intérêts : les dividendes n’ont pas d’impact significatif sur le rendement total des actions (pour rappel, rendement d’une action = variation du prix + dividendes). En effet, lorsqu’une entreprise distribue des dividendes, elle voit le cours de ses actions baisser en proportion de cette distribution. Pour nous en convaincre, prenons l’example d’une grande entreprise française qui distribue des dividendes.

La courbe rouge montre les prix observés au jour le jour. J’ai ajouté la courbe verte, qui correspond à des variations de prix identiques à la courbe rouge, mais en réintégrant le dividende de 3.55€ versé en juin dans le prix de l’action. On voit d’ailleurs assez clairement que le jour du versement du dividende, l’action a enregistré une baisse assez importante.

Lorsqu’une entreprise distribue un dividende à ses actionnaires, le prix de son action diminue ! En effet, la distribution de dividendes ne crée par d’argent : c’est un transfert assez simple. L’argent était avant dans les caisses de l’entreprise, et comptabilisé dans la valorisation boursière de cette dernière. Après la distribution, l’argent est dans les poches des actionnaires, et non plus dans celles de l’entreprise : son prix baisse donc.

Notons au passage qu’il y a des stratégies pas débiles qui recommandent d’acheter des actions distribuant des dividendes. Mais en réalité la force de ces stratégies ne vient pas des dividendes, mais des caractéristiques que partagent souvent les entreprises distribuant des dividendes. On peut par exemple mentionner les stratégies de “value investing“.

Les fondamentaux

Mais revenons au sujet du jour – qui n’est pas les dividendes, mais Tesla ! Que pouvons-nous regarder d’autre pour déterminer si investir ou non dans cette entreprise ? Comparons les ratios clés de Tesla avec ceux de ses concurrents : si les ratios sont plus bas que ses concurrents, alors on peut penser que l’entreprise est “bon marché”, et qu’il faudrait donc acheter des actions de cette entreprise. Nous pouvons étudier les ratios suivants :

  • P/S : ratio de la valeur boursière de l’entreprise à son chiffre d’affaires
  • P/E : ratio de la valeur boursière de l’entreprise à son bénéfice
  • P/B : ratio de la valeur boursière de l’entreprise à la valeur totale de ses actifs (“bas de bilan”)

Aie aie aie… Tesla, d’après ces ratios, a l’air très largement surévaluée ! Il faudrait donc fuir l’action, et ne surtout pas l’acheter… On pourrait même considérer parier à la baisse sur cette action, via des produits dérivés (acheter des options de vente, ou “put”, par exemple), ou via de la vente à découvert ou des CFD. A l’inverse, Renault semble être un excellent investissement sous-côté par les investisseurs par rapports à ses concurrents.

Peut-être devrions nous à présent tenter une évaluation solide de l’entreprise, sur la base de différentes hypothèses, et des résultats financiers historiques de Tesla, à l’image de Aswath Damodaran (en anglais).

Note de Thomas : le problème de la comparaison des ratios, c’est qu’il faut trouver des entreprises très proches (business modèle, marché, perspectives de croissance, etc.) de celle qu’on cherche à valoriser. Mais Tesla, est-ce vraiment un fabricant de voiture traditionnel ? Ou plutôt une entreprise de technologie ? Apple ou Uber ne seraient ils pas des “comparables” plus judicieux pour Tesla que General Motors ou Renault ? On vous laisse refaire la comparaison des ratios entre ces entreprises. Vous serez surpris de constater que, dans ce paradigme (secteur de la technologie Vs secteur de l’automobile), Tesla n’est peut être pas si “sur-cotée” que ça !

STOP !

Vous avez survécu jusque là ? Félicitation. Vous pouvez à présent oublier tout ce que vous avez lu. J’en suis fort désolé, mais c’était un mal nécessaire. Rappelez-vous notre article sur la diversification. Le plus grand contributeur à la performance de notre portefeuille n’est pas une action en particulier, mais la corrélation entre les actions dans lesquelles nous investissons. Ainsi, savoir si Tesla est un bon investissement ou non dépend principalement de sa corrélation avec votre portefeuille.

Ce qui compte, dans un portefeuille diversifié, c’est la corrélation entre les instruments, et, par conséquent, le risque non diversifiable. L’analyse ci-dessus tente d’évaluer une action comme si elle allait représenter la totalité de notre portefeuille, sans prendre en compte nos autres investissements. Qu’importe que Tesla soit sur-évaluée ou sous-évaluée, si de toutes les manières, nous allons prendre un risque lié au secteur automobile et non à l’une de ses entreprises ? Qu’importe la sur ou sous-évaluation de Tesla, et le risque intrinséquemment lié à ses enjeux propres, si notre portefeuille est diversifié ?

Certes, l’impact n’est pas nul, et dans l’idéal on voudrait investir uniquement dans des sociétés sous-évaluées. Mais c’est prendre deux risques en un : le risque de se tromper dans l’analyse, et de mal comprendre qui est sous-évalué et qui est sur-évalué, et d’autre part, c’est prendre le risque que les évolutions des différents titres s’annulent par le jeu des corrélations à l’échelle de notre portefeuille.

Comment choisir ses investissements

Lorsque vous souhaitez déterminer si vous devez investir dans un instrument ou dans un autre, il ne faut jamais le regarder pris à part par lui-même, en isolation : la véritable question à laquelle il faut répondre n’est pas « est-ce que cet instrument va gagner en valeur », mais « est-ce que cet instrument va améliorer la performance de mon portefeuille ? ».

On ne rappellera jamais assez que ce qui doit vous intéresser est toujours la performance et non le rendement. Si vous pensez, sur la base de l’analyse des fondamentaux d’une entreprise, que ses titres vont s’appréciez, vous devez également étudier les risques : quels sont les risques que votre estimation soit un peu fausse ? Très fausse ? Complètement fausse ? Quels facteurs pourraient contrevenir à la réalisation du scénario que vous avez envisagé ? En effet, comme on l’a déjà montré, un rendement très élevé est souvent synonyme de risques très élevés.

C’est une raison de plus pour raisonner au niveau du portefeuille et non des instruments spécifiques.

Il y a une limite (encore une !) à l’étude poussée de chaque nouveau composant de notre portefeuille : les mesures de performance que nous choisissons d’utiliser. Il est en effet peu aisé de sélectionner les plus adéquates, voyez plutôt le magnifique arbre à tentacule, véritable kraken, qui montre les différentes mesures de risque que vous devez utiliser, selon le cas dans lequel vous vous situez.

Cogneau, Hübner, The 101 Ways to Measure Portfolio Performance

Nous en venons donc à notre recommandation : choisissez une approche d’investissement complètement passive. Épargnez au maximum, dès aujourd’hui. Placez votre épargne dès aujourd’hui, sur quelques fonds d’investissements actions et obligations, ayant une couverture géographique mondiale, et une couverture sectorielle complète.

Cette approche, outre le fait qu’elle est la plus efficace (la littérature économique est assez claire sur ce point), est également la plus simple pour nous. Pas besoin d’un doctorat en finance, pas besoin de passer 3h tous les jours à suivre l’évolution de notre portefeuille, ni à chercher de nouveaux investissements.

Cela étant dit, on peut tolérer qu’une partie minime de votre portefeuille soit investie dans des « coups de cœur ». Vous aimez Tesla ? vous croyez au Bitcoin ? vous pouvez investir dedans ! L’important est de garder à l’esprit que ces investissements ne sont pas fait pour contribuer à votre future indépendance financière, ni à augmenter votre patrimoine à long terme, mais simplement à être une forme de jeu.

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