Parvenir à épargner régulièrement est la première étape à franchir pour devenir pastéquier. Aussi essentiel (et sexy) que cela puisse paraître, savoir investir cette épargne intelligemment n’est que la seconde étape. Pourquoi ça ? Eh bien parce que sans épargne, c’est-à-dire sans argent, vous n’avez rien à investir ! Fort de ce constat, attaquons-nous à disséquer l’épargne, et en particulier sa forme la plus efficace : l’épargne du quotidien.

L’épargne, définition

Licence d’économie, première année. L’épargne, c’est la partie non consommée du revenu. Pour les adeptes des équations, sur une période donnée ça donne :

[S = R – C ]

où:

  • $S$ est l’épargne (S comme Savings – les anglais puis les américains ayant largement dominés la recherche en économie depuis Adam Smith en 1776, la plupart des modèles et des notions sont en anglais)
  • $R$ est le revenu
  • $C$ est la consommation

Il faut bien comprendre ici que si l’on assimile souvent les deux, le revenu ne se limite pas au salaire. Le chèque de votre grand-mère à Noël, la casse de votre tirelire ou la revente de vos cartes Pokemon sont également intégrés à votre revenu sur la période. Notez que l’objectif ultime de l’indépendance financière est d’ailleurs de supprimer entièrement la contribution du salaire de votre revenu en exploitant d’autres sources de revenus, notamment les revenus du capital (intérêt, dividende, plus-value).

Deux conclusions évidentes de cette équation sur une période donnée :

  • Si l’on consomme l’intégralité de son revenu ($C = R$), alors on n’épargne rien.
  • A revenu égal, moins on consomme, plus on épargne.

Et une autre, sur plusieurs périodes :

  • L’épargne réalisée sur cette période peut être utilisée comme revenu demain, et être consommée ou ré-épargnée (voir les intérêts composés).

L’épargne comme générateur de revenu

Cette dernière conclusion est très importante. L’épargne peut non seulement être considérée comme un revenu futur, puisque je peux dépenser les 100€ de ma grand-mère en janvier si je ne les ai pas dépensés à noël, mais aussi comme un générateur de revenu. Pour ce faire, l’épargne doit être investie, nous l’avons évoqué en introduction. Nous nous penchons déjà largement sur le sujet dans les articles de la rubrique Finance à la Pastèque.

Intégrer cette incroyable propriété de l’épargne est essentiel pour vous motiver dans cette quête. Le revenu consommé est perdu à tout jamais. Le revenu épargné lui est non seulement mis de côté, mais il génère également des revenus pour le futur. Incroyable non ? La seule question qui subsiste alors c’est « quel niveau de revenu dois-je épargner chaque mois pour générer tel ou tel montant de revenu par mois dans cinq ou dix ans ? ». Vous vous posez la question ? Vous êtes au bon endroit.

Épargner, c’est profiter

Revenons à notre équation $S = R – C$. Puisque l’épargne est la partie non consommée du revenu, pour épargner, il suffit de moins consommer : simple, non ? Pourtant, l’épargne a mauvaise presse. Elle est vécue comme une privation : « pour épargner, je dois me priver de consommer », « épargner c’est trop dur, je ne gagne pas assez », « ça m’empêche de profiter au maximum aujourd’hui. » : combien de fois ai-je moi-même prononcé ces phrases ? Très souvent. Surtout, je me disais que vingt ans, ce n’est pas l’âge pour faire des économies. Au contraire, il fallait profiter à fond. On aura bien le temps pour mettre de côté à cinquante ans avec femme et enfants.

Ce raisonnement ignore cependant plusieurs facteur. En premier lieu, il démontre l’incapacité des humains à appréhender les rendements exponentiels en ignorant les intérêts composés, qui n’ont plus de secret pour vous. Démonstration : si vous mettez 1 000€ sur un compte à 10% lorsque vous avez 20 ans, c’est 304 500€ qui vous attendent à 60 ans. Il faudrait mettre 140 000 € de côté à 50 ans pour obtenir le même résultat à 60 ans. Cent quarante fois plus. Toujours convaincus qu’il faut attendre d’avoir cinquante ans ?

Ensuite, et plus important encore, nous faisons fausse route en croyant que plus de consommation est synonyme de vie meilleure. Il y a évidemment des seuils en dessous desquels il est compliqué de vivre convenablement. Mais la grande majorité d’entre nous vie très au-dessus de ces seuils. Chaque semaine, nous vous donnons un exemple concret avec les recettes d’Hector : Hector dépense moins en faisant lui-même la cuisine, mange-t-il moins bien pour autant ? Certainement pas (Note d’Hector : « je confirme »).

Consommer moins, c’est aussi plus profiter de ce que l’on consomme. On navigue ici en plein territoire du bénéfice et du coût marginal, que je traiterai dans mon prochain article. On profite plus d’une bonne bière lorsque l’on n’en boit pas tous les soirs, et lorsque l’on n’en boit pas huit d’affilée. Ce qui n’apporte pas beaucoup de valeur supplémentaire n’est plus consommé pour être épargné. On profite plus de ce que l’on consomme, et en plus on épargne. Le cercle vertueux est lancé : épargner, c’est profiter.

L’épargne au quotidien

Et vous allez y prendre goût. De plus, il existe beaucoup d’outils qui peuvent vous aider à économiser au quotidien. Hector évoquait dans son article sur les néobanques la fonctionnalité « spare change » de Revolut. Je pourrais également vous citer la fonction de planification de budget de Boursorama.
Et si, au lieu de faire vos courses sans réfléchir, le soir en rentrant du travail, dans l’épicerie du coin qui est la seule encore ouverte à cette heure-ci, vous décidiez de vous accorder un budget mensuel pour les courses ? Et pourquoi pas pour les sorties ? Les restos ? Et avant même de faire cet effort de projection, prenez simplement le temps de mesurer combien vous consommez aujourd’hui. Trop, sans doute, puisque vous n’épargnez pas. Mais combien ? Commencez par le mois dernier. Sortez vos relevés de comptes (vous pouvez généralement les exporter sous format excel, qui facilite le retraitement) et commencez à ranger vos dépenses dans des grandes catégories : logement, transport, soirées, nourriture, voyages, beauté, cadeaux, high tech, etc.

Une fois que vous avez (grossièrement) établi la liste de vos dépenses du mois dernier, êtes-vous surpris du résultat ? J’ai personnellement été surpris de dépenser autant en soirée, restaurant et nourriture (surtout le midi au travail pour manger des sandwiches à la boulangerie). C’est ce qui m’a donné envie de changer. Ça et le fait que, ayant abandonné le sport depuis un bon moment, j’avais pas mal grossi : il fallait se reprendre en main !

Une fois les budgets estimés et classés par taille, demandez-vous où vous pouvez vous améliorer sans effort. Ça commence par des choses simples. Pourquoi pas acheter ses Barilla dans le Leader Price du quartier plutôt que de prendre les mêmes trois fois plus cher dans l’épicerie d’en bas ? Pourquoi pas commencer à préparer sa nourriture le midi ? Pourquoi pas aller courir deux fois par semaine. Et ça continue sur des sujets plus fondamentaux. Dans mon cas, pourquoi pas acheter un appartement au lieu de payer si cher de loyer.

Posez-vous ces questions. Prenez un peu de temps pour déterminer ce qui compte vraiment, et ce qui peut être abandonné sans ressentir de perte ou de privation. Vous serez fier de vous débarrasser de dépenses inutiles, et vous pourrez en plus générer des revenus avec ces économies !

Une petite histoire

C’est une histoire bien connue des financiers. La première génération d’iPod est sortie en 2001, au prix de vente de 399\$. Si en lieu et place d’acheter cet iPod, vous aviez investi ces 399\$ dans des actions Apple, vous seriez aujourd’hui en possession de plus de 92 000\$. Apple est évidemment un cas particulier, mais voici un exemple extrême du renoncement à la consommation pour l’épargne. J’entends déjà les petits malins me rétorquer : « En contrepartie, bon courage pour écouter de la musique avec des actions Apple ». Argument certes recevable, néanmoins en achetant en 2001 un mp3 à 200\$ au lieu des 400\$ de l’iPod, et en achetant des actions Appel avec les 200$ restant, vous aviez un mp3 et 46 000\$ en banque. A méditer lors de votre prochain achat de smartphone 🙂

Pour jouer avec cette idée, vous pouvez télécharger notre petit fichier excel :

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