On parle à la fois trop et pas assez de la dette. Combien de fois entendons-nous parler de “la crise de la dette”, “le déficit public”, “la dette nationale”, etc. Beaucoup trop souvent ! Nous allons nous intéresser à la dette, mais du point de vue individuel cette fois-ci, c’est-à-dire l’impact de la dette sur notre vie quotidienne et sur notre objectif d’indépendance financière. La dette est en effet un point crucial de tout effort financier, nous nous devons donc de l’explorer en détails.

La dette est un outil de gestion de budget

Comment ça, ‘la dette, un outil de gestion’ ? Ce concept peut paraître étonnant. Prenons donc d’abord le cas d’une entreprise, afin d’illustrer notre idée, puis nous reviendrons sur notre propre situation.

La principale motivation des dirigeants d’entreprises est d’augmenter la taille de leur entreprise, tant en termes de nombre d’employés que de nombre de clients, et évidemment de taille de chiffre d’affaires. Plusieurs économistes ont mis en lumière cette motivation des dirigeants, dont John K. Galbraith (pour les anglophones : The Persistence of Galbraith). Or les actionnaires d’une entreprise sont plus souvent intéressés par la profitabilité et la rentabilité de l’entreprise. En effet, leur plus-value dépend, au moins en partie, des profits futurs de l’entreprise.

Comment font les actionnaires pour donner une incitation aux managers de l’entreprise d’augmenter les marges plutôt que d’augmenter à tout prix le chiffre d’affaire au détriment de la rentabilité ? En s’endettant !
En effet, si l’entreprise augmente sa dette, elle va devoir faire face tous les mois à de plus grandes mensualités de remboursement de sa dette. Pour payer ces mensualités, il devient nécessaire de dégager plus d’argent des opérations courantes de l’entreprise… et donc d’augmenter les marges ! Note de Thomas :Sans jouer sur aucune manipulation comptable, nous ne saurions encourager nos lecteurs à considérer l’optimisation fiscale comme une solution. Le rêve pour les actionnaires : plus de transparence, plus de prédictibilité dans les revenus (car ils doivent être suffisants pour faire face aux mensualités de remboursement), et une incitation claire pour les dirigeants.

La dette peut donc être un excellent outil pour imposer un comportement : se concentrer sur ses revenus et sur ses dépenses. Appliquons cette leçon à notre cas de Pastéquiers : nous endetter va créer une échéance tous les mois, où nous allons devoir rembourser notre emprunt. Nous allons être forcés à épargner !
C’est une excellente incitation à l’épargne, et qui nous semble très bénéfique à beaucoup d’entre nous (au minimum à Thomas et à moi !). Cela nous aide en effet à contrôler notre budget et notre taux d’épargne.

Note de Thomas : J’utilise souvent cette analogie quand l’on me pose la question du remboursement de mes mensualités de prêt immobilier (1,050€ par mois) et de la contrainte à y faire face. Pour moi, puisque l’achat d’un appartement est un investissement, le paiement des mensualités revient à faire un virement automatique de 1,050€ tous les mois sur une assurance vie ! Sauf que cette fois, je n’ai pas la possibilité de me dire “ce mois ci c’est {insérer une raison ici : Noël, les vacances, l’anniversaire de ma copine, la coupe du monde, etc.} donc je crame tout, j’épargnerai plus tard”, et donc je le fais vraiment ! La conséquence de cet endettement est donc positive : une partie fixe de mon budget est allouée à ce remboursement, je sais donc exactement combien j’investis tous les mois, quoiqu’il arrive. 

Attention cependant, cela n’est valable que dans le cas où vous vous endettez pour acheter un actif à long terme, et pas pour consommer ! Ce constat est identique à celui fait dans le cas de l’entreprise que nous avons décrit ci-dessus : il s’agit de changer notre manière de fonctionner, pas de griller notre cash avec une consommation à court terme. Ainsi les dirigeants de notre entreprise ne vont pas profiter du pactole qui est à la banque pour faire des pertes et baisser leurs prix : ils vont investir dans leur processus de production, dans la R&D, dans le recrutement, afin d’augmenter la productivité de leur entreprise. De notre côté, il s’agit également d’investir dans des actifs de long terme, et non pas de consommer à court terme ! Petit rappel : voiture, paire de chaussures, robe ≠ investissement, immobilier = investissement.

La dette nous fait bénéficier de l’effet de levier

Parlons à présent de l’effet de levier. Vous avez pu le voir dans la série d’articles de Thomas sur l’immobilier (épisode 1 – pourquoi, épisode 2 – comment), nous sommes très favorables à l’achat immobilier, et ce pour plusieurs raisons. L’immobilier est considéré comme un investissement car, comme tout investissement, il a cette propriété de générer des revenus dans le futur : non seulement à la revente, mais aussi des revenus via la location. Note de Thomas : la location de votre appartement peut être de longue durée si vous n’y habitez pas, mais aussi courte durée via AirBnB par exemple, et ce même si vous habitez dans l’appartement : une source de revenu supplémentaire lorsque vous partez en vacances par exemple.
Un appartement peut également constituer une base de repli stratégique, ou simplement notre lieu d’habitation futur lorsque nous aurons atteint l’indépendance financière, permettant alors de réduire nos dépenses quotidiennes en supprimant la dépense numéro un : plus de loyer ! L’autre vertu de l’achat immobilier est qu’il permet d’accroître immédiatement notre patrimoine (brut).

Emprunter nous permet en effet de jouir d’un bien ou d’un actif alors que nous n’avons pas les moyens de l’acheter cash. Si nous investissons dans un actif ou un bien rentable, nous allons donc en retirer une plus-value correspondant à la différence entre les revenus générés par le bien et le coût de l’emprunt. Si la rentabilité n’est pas au rendez-vous, les risques sont par contre décuplés ! Ainsi, si vous achetez un appartement à louer, mais que vous restez plusieurs mois sans locataires, vous allez devoir supporter l’intégralité du coût du prêt. Note de Thomas : Dieu merci, il existe les assurances loyers impayés qui, pour un coût certes non négligeable, vous protégeront contre ce risque de ne rien toucher en fin de mois et de ne plus pouvoir faire face à votre emprunt. Notez toutefois qu’il n’est pas possible de perdre plus que vos mensualités : certes, le risque est plus grand, mais il n’est pas non plus infini.

Attention Attention !

La dette est donc un outil qui nous est cher. Mais il n’y a pas que des points positifs : la dette peut en effet présenter des risques pour notre patrimoine, et il faut donc en user avec précaution. Tout comme l’alcool, nous vous recommandons donc d’en user avec modération.

Sans aller jusqu’aux extrêmes de notre camarade représenté ci-dessus, il est important de se rappeler quelques règles de bonne hygiène financière avant de s’endetter :

  1. Utiliser la dette pour investir : Il faut utiliser la dette uniquement pour des investissements. Jamais pour la consommation. En effet, les investissements vont minimiser les risques de pertes car ils peuvent constituer un collatéral (ou une hypothèque) pour votre dette. Ainsi, si vous ne pouvez plus payer les mensualités de votre emprunt, vous pouvez toujours revendre votre appartement, en général avec une décote modérée, alors que revendre votre voiture après quelques années risque de se faire à un prix très significativement inférieur au prix d’achat ! Autre point important au niveau de cet investissement : ne réalisez pas d’investissements risqués financés par de la dette : pas question de s’endetter pour acheter des bitcoins. D’ailleurs, si vous n’avez pas d’appétit pour le risque, nous ne vous recommandons pas d’acheter des bitcoins, avec ou sans dette.
  2. Modération : Il ne faut pas s’endetter à l’excès, en proportion de votre revenu : assurez-vous que même si votre revenu baisse, vous pourrez toujours payer votre emprunt. Ne vous retrouvez pas le couteau sous la gorge si vous ne recevez pas de loyer pendant un mois, gardez toujours un matelas de sécurité : on ne sait pas de quoi demain sera fait, évitez les calculs au dixième de pourcentage près.
  3. Préférer les taux fixes : Empruntez de préférence à taux fixes : Les taux sont à un niveau historiquement bas aujourd’hui. Il est donc facile d’emprunter, à moindre coût. Essayer de négocier un peu et de s’orienter vers des taux variables présente donc un risque élevé, pour un gain qui nous semble assez marginal. Les taux ne peuvent pas baisser au-dessous des niveaux actuels, et vont sans doute remonter à moyen terme, à quoi bon chercher à obtenir mieux qu’aujourd’hui ?

Pour conclure, nous vous encourageons à vous endetter de manière responsable, surtout si vous avez du mal à mettre de l’argent de côté. Acheter un bien immobilier en empruntant est, notamment, un excellent moyen d’épargner et de préparer notre indépendance financière !

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