Un arbitrage peut désigner un changement de composition d’un portefeuille, ou une stratégie d’investissement qui produit un profit, mais sans prendre aucun risque. Clarifions la chose tout de suite : les banques qui vous proposent des PEA, assurances vies et autres comptes titres parlent toujours de la première définition. Mais tout aficionado des marchés financiers entendra la seconde définition.

Les vrais arbitrages

Ce que l’on entend par « arbitrage » en théorie financière, c’est une stratégie sans risque qui génère un rendement positif. Normalement, une telle chose est impossible, car le rendement est la rémunération du risque : 0 risque = 0 rendement ! Une partie significative des modèles et théories financières font donc l’hypothèse qu’il n’y a pas d’arbitrages possible sur les marchés financiers.

Et dans les grandes lignes, c’est vrai, et c’est une hypothèse raisonnable. Dans le détail, on peut toutefois identifier des arbitrages, qui sont principalement liés à la complexité du calcul du prix d’instruments avec des caractéristiques très spéciales, et au temps d’exécution d’ordres d’achat et de vente de titres sur les bourses.

Prenons un exemple d’arbitrage pour y voir plus clair. Vous identifiez que les titres Total SA sont échangés à 50€ à Londres, mais seulement à 49.90€ à Frankfort. Immédiatement, vous achetez l’action à Frankfort et vous vendez l’action à Londres. Vous avez acheté à 49.90€ et vendu à 50.00€, vous empochez 0.10€ ! Mais votre ordre va influencer le prix des actions, car vous avez augmenté la demande de titres Total à Frankfort, et augmenté son offre à Londres : au fur et à mesure que vous répétez l’opération, les prix aux deux places boursières vont se rapprocher et converger jusqu’à être égaux.

Il est possible de construire des stratégies d’arbitrage très complexes, mais un thème commun est qu’il faut exécuter ces ordres très rapidement : pour cette raison, les seuls investisseurs qui parviennent à exploiter les arbitrages sont des « HFT » ou high frequency traders. Ces entreprises possèdent des infrastructures informatiques énormes, des connections directes aux bourses, et des algorithmes très efficaces afin de réagir en quelques millisecondes.

Comme les HFT exploitent tous les arbitrages, jusqu’à ce qu’ils aient disparus, il ne reste plus d’arbitrages à exploiter pour nous autres…. D’où le fait que l’hypothèse très utilisée en finance qui exclu l’existence d’arbitrages est raisonnable. L’élimination des arbitrages par les HFT a d’ailleurs cet avantage que l’hypothèse d’absence d’arbitrage devient vrai grâce à eux !

Les faux arbitrages

Vous comprenez maintenant pourquoi les financiers tendent à ne pas aimer l’usage par les banques traditionnelles du terme d’arbitrage : un changement d’allocation de portefeuille, l’achat ou la vente de titres, ne génère jamais de profit sans risque ! Cela n’a rien à voir avec un vrai arbitrage !

Si vous n’êtes pas d’accord et pensez que vous pouvez réaliser des profits sans risque avec votre compte titre, envoyez-nous un message sur (Facebook? Twitter? Mail?) avec les détails de votre arbitrage. On s’excusera publiquement, et si vous êtes à Paris on vous offrira une bière. Evidemment, envoyez-nous le message APRES avoir exploité l’arbitrage, et une fois qu’il a disparu, ne jetez pas d’argent par la fenêtre !

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