Les adultes, ça travaille. Nos parents, oncles, tantes, leurs amis, leurs parents. Les adultes, ça travaille. Ça part tous les jours au bureau, à l’usine, au chantier, à l’atelier. Reprenons notre âme d’enfant, et posons-nous une question simple et naïve : Pourquoi ? Pourquoi les adultes travaillent ? Est-ce qu’ils doivent travailler ? Est-ce une obligation, une contrainte ?

Travailler pour l’argent

Pas besoin d’aller chercher très loin pour trouver une justification du travail. On travaille pour gagner de l’argent. Cet argent nous permet de “vivre”, d’acquérir des biens, et de bénéficier de services. Mais pour consacrer 40h par semaine, 47 semaines par an, pendant 43 ans (note de Thomas : je vous épargne le calcul, ça fait 80 840 heures)… Il faut vraiment être sûr de son coup, non ?

Que faisons-nous avec nos salaires ? Comme nous avons déjà pu en discuter, on en épargne une partie, et on en consomme le reste. Notre conviction de Pastéquiers, c’est qu’en épargnant plus, nous n’aurions pas besoin de travailler 43 ans. Loin de là ! Par conséquent, votre travail et votre salaire, pendant toutes ces années, permettent de financer votre consommation, c’est-à-dire tous les objets que vous achetez : vêtements, voitures, meubles, smartphones. Et tous les services dont vous voulez bénéficier : bars, restaurants, concerts, cinéma, jeux vidéo, etc.

C’est une tendance fondamentalement malsaine, et qui est propice à des cercles vicieux qui nous poussent à consommer plus lorsque notre salaire augmente. Cela nous maintient dans une tension permanente où les contraintes financières ne peuvent être levées. Comme le dit Orelsan (La Terre est ronde) :

T’as besoin d’une voiture pour aller travailler, tu travailles pour rembourser la voiture que tu viens d’acheter

Travailler pour l’argent est le symptôme d’un mal profond, qui est fortement lié à deux tendances : d’une part, notre propension à suivre le mouvement, et ne pas remettre en cause l’ordre établi. Papa et Maman travaillent, nous travaillerons aussi. D’autre part, c’est la conséquence d’habitudes de consommation malsaines, où la consommation devient ostentatoire. La consommation ne sert plus à vivre, mais à afficher et affirmer son statut. Êtes-vous plus heureux si vous avez une chemise et une cravate différente pour chaque jour du mois ? Cela vaut également pour les T-shirt, jean, robes, et tous nos accoutrements quotidiens.

Cela vaut aussi pour nos logements ! Thomas était d’ailleurs tellement obsédé de payer si cher de loyer chaque mois et de ne rien mettre de côté qu’il a réussi à acheter un appartement… Et donc transformer une pure dépense de consommation (le loyer) en un investissement (l’achat de l’appartement). Note de Thomas : Orelsan le résume bien. Je trouve incroyable que le travail ne rémunère que les coûts qu’il engendre : logement, nourriture, quelques maigres loisirs. A quoi bon travailler, qui plus est dans un environnement qui ne nous passionne pas, si c’est pour finir le mois à zéro, voir même en territoire négatif ? Non, ne déprimez pas, ne partez pas, Hector va vous en dire plus sur les bonnes raisons de travailler.

Nous surconsommons, tant en quantité qu’en qualité. Nous utilisons une fraction de la puissance de nos smartphones et ordinateurs. Nos maisons et appartements sont grands et spacieux. Nous achetons des objets pour les décorer. Nous avons quatre casseroles de taille légèrement différentes. Nous avons acheté et nous possédons énormément d’objets que nous n’utilisons qu’une fois par mois ou moins ! Quel est vraiment l’impact de ces dépenses sur notre bien-être quotidien ? Avons-nous besoin de tous ces objets ? Note de Thomas : un test que nous aimons bien faire, c’est la règle des 30 jours. Nous nous demandons combien de fois nous avons utilisé tel ou tel objet dans le mois écoulé. Si c’est zéro, alors l’utilité de posséder un tel objet peut être remise en question. Pourquoi pas le vendre pour gagner un peu d’argent et surtout de l’espace vital ! Nos maisons sont pleines d’objets peu utiles qui nous forcent à acheter de plus grandes maisons pour les stocker.

Nous cédons à nos tentations. Dès que nous en avons les moyens, nous nous offrons ce dont nous avons envie. Parfois, nous nous faisons des cadeaux que nous ne pouvons même pas nous permettre d’acheter comptant, et nous nous endettons pour acheter une voiture neuve ou un autre objet.

Les habitudes de consommation excessive et ostentatoire sont les chaînes de la société moderne. Vous voyez bien à présent que notre grief n’est pas contre le travail, mais bien contre la consommation. Contre la surconsommation, qui est poussée par la société et le regard des autres, et pas par nous. Une consommation motivée par des facteurs exogènes et non endogènes. Une consommation qui ne nous apporte rien sinon des problèmes. Il nous faut nous en affranchir. Si vous travaillez “pour l’argent”, ou que vous reconnaissez que votre consommation est exagérée voir ostentatoire, alors il faut que vous remettiez en cause vos habitudes, et que vous changiez votre vie. Le résultat : vous travaillerez moins et mieux, vivrez plus simplement et serez plus heureux ! C’est ça, la Révolution Pastèque !

De bonnes raisons de travailler : avant et pendant la retraite

Pour autant, on nous demande parfois, à Thomas et à moi, si nous sommes contre le travail. Non, du tout (bon, sauf le lundi matin pour Thomas). Nous sommes contre une certaine conception du travail. Nous sommes contre le travail comme activité obligatoire pendant 43 ans. Nous sommes contre le travail qui permet de financer une consommation ostentatoire. Nous sommes contre le travail qui est une contrainte. Nous sommes contre le travail alimentaire. Nous sommes contre le travail qui est lié à une contrainte financière.

Cela étant dit, nous sommes de fervents apôtres du travail comme un vecteur d’intégration sociale, et comme un moyen de s’accomplir en tant qu’humain. Reprenons chacun de ces deux motifs tour à tour.

Le travail nous a permis à tous les deux de rencontrer des gens extraordinaires et inspirants, et d’être en contact avec d’autres amis humains. Comme toute activité sociale, le travail nous permet de tisser des relations avec d’autres personnes. Il nous permet d’apprendre des expériences et compétences de nos pairs, et de transmettre nos propres connaissances. Par conséquent, le travail, vu sous cet angle, est bénéfique, car il nous permet de nous accomplir.

Car c’est là le point central : l’accomplissement personnel. Chacun en a sa définition, chacun recherche quelque chose de différent. Mais le but ultime est d’augmenter son bien-être et son bonheur. Il peut venir de sources différentes, cela ne change rien à notre conviction : le travail, lorsqu’il est une contrainte, est malsain et doit être changé. Lorsqu’il est porteur d’accomplissement personnel, il doit être recherché et chéri.

Un travail dans lequel nous prenons du plaisir, parce que nous sommes au contact de personnes intéressantes, avec des idées, des compétences et expériences différentes, est bon. Un travail qui nous permet de nous tester, de créer des objets ou de fournir des services que nous apprécions est bon. L’objectif est d’atteindre un stade auquel le travail n’est plus qu’une activité parmi tant d’autres, avec des frontières floues. Non pas floues parce qu’il consume tout notre temps et empiète sur nos autres activités : des limites floues parce qu’on ne sait plus s’il est loisir ou travail. Lorsqu’il n’y a pas de contraintes financières, le travail peut atteindre ce stade. Il peut devenir un hobby. Une manière de garder notre esprit agile et aiguisé. Une manière de développer nos compétences, de rencontrer de nouvelles personnes.

Ce que nous recherchons donc, ce sont des activités, et non pas forcément un “Travail”. Ces activités peuvent être bénévoles. Elles peuvent être des hobbies. Elles peuvent être payées. Peu importe. Le but est l’activité en elle-même, et surtout pas la rémunération qu’on en retire. Le but est de s’accomplir, pas de travailler.

Cet article a 2 commentaires

  1. Pour poursuivre votre réflexion et montrer que le sujet n’est pas nouveau, je conseille la lecture du bouquin “Travailler deux heures par jour” qui date des années 1970 (donc les statistiques sont en francs et concernent plus l’industrie que la société de services, ce qui peut compliquer la lecture…) mais le bouquin démontre : (i) la distinction entre “travail lié” d’une part (celui qui est obligatoire afin d’assurer la survie de la société) et “travail utile” d’autre part (celui qu’on aime et qui peut être parfois bénévole). Le chercheur démontre que 2h/jour pourrait théoriquement suffire, mais à condition de revoir toute l’organisation sociétale quand même… Bref, travailler autrement c’est aussi consommer autrement, dans une logique de limiter nos besoins, voire une logique de décroissance. Merci pour vos articles

    1. Merci pour cette référence Théophile, on ne manquera pas de parcourir ce livre !

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